La Couzonnaire de Saint-Georges

La création du parc de stationnement souterrain Saint-Georges dans les années 2000 (Vieux-Lyon), a permis aux archéologues de dévoiler seize embarcations enfouies dans les anciennes berges de la Saône. Les plus emblématiques sont sans doute les six grandes barges d’époque gallo-romaine dont les dimensions importantes ont nécessité des techniques spécifiques de conservation… Mais parmi toutes les autres embarcations, le nom d’un modèle beaucoup plus récent a retenu mon attention : il s’agit de la « Couzonnaire » de Saint-Georges.

Rien ne permet vraiment d’affirmer l’origine couzonnaise de cet exemplaire du XVIIIème siècle comme on le verra dans ce petit article, mais il est certain que ce type d’embarcation utilisé pour le transport de marchandises sur la Saône était très répandu. Comme les ports de Couzon étaient particulièrement actifs à la même époque du fait du commerce de la pierre et du vin, l’exemplaire de cette barque a été surnommé « Couzonnaire » par les historiens.

Une barque pour le transport des charges lourdes ?

Cette barque à fond plat découverte en avril 2003 était de dimensions relativement importantes : 12 mètres de longueur x 3 mètres de largeur. De bois de pin et de chêne, ses planches étaient assemblées par des clous et des chevilles en bois. L’analyse du bois par dendrochronologie (datation par observation des cernes du bois) fait remonter à 1746 l’abatage des arbres ayant fourni les planches… Utilisée sur la Saône ce type de barque est généralement appelée une penelle (elle tire peut-être son nom du pin dont elle est faite).

Cette barque était parfaitement adaptée au transport des charges lourdes en rivière : le fond plat rigidifié par des renforts en chêne assurait un faible tirant d’eau et permettait malgré tout de stocker de façon convenable des marchandises de dimensions et de poids considérables (plusieurs tonnes).

Le transport fluvial sans gouvernail !

L’absence de quille et de gouvernail confirme la destination utilitaire de la Couzonnaire : la traversée ou la descente de la Saône était sans doute facilitée grâce à l’usage de grandes rames à l’avant ou des perches pour la diriger. Pour déplacer (lentement) l’ensemble, les mariniers avaient aussi recours à la technique du halage : plusieurs barges étaient arrimées les unes aux autres et tirées par des chevaux depuis la rive.

Couzon, un port actif aux XVIIIème et XIXème siècle…

Dans son « Voyage pittoresque à Lyon, aux environs, et sur les rives de la Saône et du Rhône » édité en 1821 le comte François-Marie de Fortis décrit les différents type d’embarcation de l’époque pour le transport des marchandises sur la Saône : « Les autres barques, particulièrement à la navigation de la Saône, sont le Chenard ainsi appelé parce qu’il est en bois de chêne, le Savojardo, la Sapine fabriqués sur les rivages de la Saône ; ces bateaux servent comme les penelles au transport des marchandises arrivant par les canaux qui communiquent avec la Saône ou du bois, des fourrages, des blés et des vins du Beaujolais, de Bourgogne, ou de la Bresse.».… Sans compter la pierre de Couzon ! Aux XVIIIème et XIXème siècle en effet, la production des carrières de Couzon bat son plein et son chargement sur de telles embarcations a lieu depuis les bords de Saône. Le quartier du Port en a ainsi gardé le nom… Le trafic fluvial généré jusqu’à Lyon était particulièrement intense : l’urbanisation grandissante de Lyon réclamait des matériaux de construction en grande quantité. Un va et vient continuel de penelles chargées de pierre avait lieu entre Couzon et Lyon. D’où l’appellation de Couzonnaire donnée à celle-ci par les archéologues et historiens…

Couzon en 1865

La conservation et l’exposition permanente

Complètement démontés et nettoyés pour leur conservation, les 150 pièces de ce puzzle géant ont désormais trouvé place dans un espace spécifique au parking de la fosse aux ours dans le 7ème arrondissement de Lyon (accès piéton depuis l’entrée à côté du Palais de la Mutualité). Un commentaire illustré rappelle le contexte de cette découverte, les méthodes de conservation de cette embarcation et la navigation sur le Rhône et sur la Saône au XVIIIème siècle. S’adresser à l’accueil du parking pour accéder librement à l’espace d’exposition

http://www.gadagne.musees.lyon.fr/index.php/histoire_fr/Histoire/Expositions/Expositions-hors-les-murs/La-Couzonnaire2/La-Couzonnaire

Photos :

  • la Couzonnaire exposée au parking de la Fosse aux Ours
  • Extrait de la carte géologique des Monts d’Or de 1865, faisant figurer le quartier du Port à Couzon

Article initialement publié sur le site « Vivre Couzon » en 2014.