Des traces de castor sur les berges de Couzon

Lors de promenades sur les berges de Saône, il est régulièrement possible d’observer en amont mais surtout en aval de la passerelle de Couzon de curieux arbustes et branches, dépourvus d’écorce ou taillés en crayon … Tentatives de débroussaillage des berges par les brigades vertes ou par les services de la navigation ? Pas du tout.

Des rives fréquentées par le castor d’Europe (Castor fiber)

Les arbres et arbustes taillés de la sorte sont caractéristiques de la présence de castor : l’abattage d’arbustes proches de l’eau et d’un diamètre compris entre 10 et 20 cm permet à ce sympathique mammifère semi-aquatique d’accéder aux branches sommitales dont il raffole pour se nourrir. Et si possible des arbres de la famille des saules, son menu préféré.

Une espèce protégée, à la reconquête de la Saône

Le passage avéré de castors à Couzon est cependant un phénomène tout récent. En effet, jusque dans les années 2000 la présence de castor était surtout attestée sur les berges du Rhône au niveau de Lyon. Espèce menacée d’extinction au début du siècle dernier, chassé pour sa chair et sa fourrure, seule une centaine d’individus subsistaient en France, dans la basse vallée du Rhône. Intégralement protégé à partir du milieu du 20ème siècle, le castor a pu ainsi repartir progressivement à la reconquête de nombreux cours d’eau, qui représentent pour lui autant de « corridors écologiques » pour migrer et installer des colonies de peuplement aux endroits les plus propices.

Entretien des berges et qualité écologique des cours d’eau : l’ami du pêcheur

Ingénieux architecte, le castor se construit des terriers ou des huttes qui peuvent parfois atteindre des dimensions impressionnantes ! Contrairement à son cousin canadien, il ne construit que très rarement des barrages. Par son action sur les arbres, le castor d’Europe favorise l’assise des arbustes le long des berges. L’action du castor est également favorable au peuplement piscicole.

L’abattage des arbres crée des zones dans lesquelles les alevins se réfugient. Les plantations (en général de saules buissonnants) qui surplombent l’eau, créent des zones d’ombres, donc des eaux plus froides avec un meilleur taux en oxygène dissous, utile au poisson surtout par forte chaleur. Ces zones peuvent aussi servir de poste d’affût pour les carnassiers comme le brochet. Le castor est donc utile pour le pêcheur en favorisant le maintien et la survie du peuplement piscicole local et dans une moindre mesure à la qualité des eaux via la stabilisation des berges… Le castor n’entre donc pas en conflit avec le pêcheur, si nous respectons son habitat en ne dégradant pas la berge par la coupe des arbres par exemple. Bien au contraire celui-ci est un allié dans l’amélioration et la conservation des milieux aquatiques. (citation du journal de Saône et Loire – article du 26/05/2013)

Où et quand observer les traces du castor à Couzon ?

Il est possible de parcourir un sentier en bord de Saône depuis la passerelle de Couzon. En période de basses eaux et moyennant quelques enjambées sur des enrochements, ce sentier vous conduira jusqu’au ponton de Saint-Romain-au-Mont-d’Or. Le mois de mars est particulièrement adapté pour cette balade : la végétation (notamment la renouée du Japon) n’empiète pas encore sur le sentier.

Selon les années, les traces de castor (arbres rongés, traces dans la boue) sont plus ou moins présentes. On peut aussi facilement observer canards, cygnes, cormoran…

La passe à castor de Couzon : un élément pour la reconquête de la Saône

La Saône présente néanmoins quelques obstacles pour la libre circulation aquatique de ce gros rongeur : le barrage et l’écluse de Couzon représentent un ensemble artificiel majeur que le castor peut avoir du mal à franchir dans sa logique de migration vers l’amont de la rivière. C’est pourquoi à partir de 2010 les Voies Navigables de France (VNF), le Grand Lyon et la FRAPNA ont œuvré à la mise en place d’une passe à castor. Ce dispositif très simple est constitué de deux rampes en plan incliné qui doit permettre aux individus de franchir à moindre difficulté l’ouvrage de retenue des eaux. Si la reconquête du bassin de la Saône semble moins rapide que sur des cours d’eaux de dimensions plus faibles, la présence de l’espèce est toutefois désormais attestée à hauteur de Mâcon et de Chalon. L’effectif demeure encore réduit à quelques familles seulement…

Pour en savoir plus

  • Article du Progrès du 9 mars 2021

Cette page a été initialement publiée en 2015 sur le site « Vivre Couzon ».