
Le village de Couzon-au-Mont-d’Or possède une belle rue historique dont le caractère piétonnier favorise la proximité entre ses habitants : la rue Philibert Gaillard. La succession de maisons anciennes aux tons chatoyants et à l’alignement aléatoire, le pavage central traditionnel, la présence d’une poignée d’artisans d’art (dont un architecte créateur de vitraux, une potière, et anciennement un facteur d’instruments à vent…), donnent à cette voie un charme incomparable.

Au fil du temps, cette rue prend différents noms. Jusqu’au milieu du XIXème siècle, c’était la « grande charrière », l’axe principal de Couzon dont l’aboutissement était l’ancienne place du Platre (actuelle place Ampère), donnant sur l’église Saint-Maurice et le château des Chanoines-comtes de Lyon, aujourd’hui disparu. Puis, avec la construction de l’ensemble mairie-école actuel et le va-et-vient des écoliers, elle prend le nom de rue des Ecoles. Après la seconde guerre mondiale, elle devient alors la rue Philibert Gaillard.

Mais quel est ce personnage auquel la commune de Couzon rend hommage en lui donnant le nom d’une de ses principales rues ?
Un enfant du pays
Philibert Gaillard est né à Neuville en 1884. Fils d’un imprimeur sur étoffe, une activité répandue dans le secteur, il se marie à Lyon en 1906 et vit à Fleurieu-sur-Saône. A l’aube de la Seconde Guerre mondiale, Philibert Gaillard dirige l’implantation régionale de la société l’Épargne Nationale à Lyon.
L’homme de gauche
Avant-guerre, il devient militant de la SFIO (ancêtre du parti socialiste) et franc-maçon. Sous l’occupation allemande, il participe au noyau qui reconstitue dans la clandestinité en mai 1942 la fédération socialiste du Rhône. Puis il remplace dans ses fonctions, en septembre 1943, le secrétaire fédéral Marcel Daudel. Philibert Gaillard met à disposition son bureau du n°85 de l’avenue de Saxe pour les réunions du Parti Socialiste clandestin. Cette adresse sert aussi pour différents réseaux et mouvements de Résistance.

Le résistant
En effet, toujours sous l’occupation allemande, il participe en parallèle aux activités des réseaux de résistance Brutus et d’évasion Pat O Leary. Il reçoit ainsi pendant la guerre à son bureau ou à son domicile des personnes parachutées en France. Il fabrique de faux papiers, dirige des personnalités recherchées sur l’Angleterre, l’Espagne ou l’Algérie, et répartit des sommes en provenance d’Angleterre.
Dénoncé, emprisonné et fusillé
Victime d’une dénonciation, la Gestapo l’interpelle avec d’autres militants, le 29 mars 1944 à son bureau de l’Épargne nationale à Lyon 3ème. Interné à la prison de Montluc, il en est extrait le 9 juin 1944 comme 18 détenus pour être fusillé à Communay.
Le voisin Frédéric Dutrion
Son voisin Frédéric Dutrion, également militant SFIO, tient un magasin de pièces détachées pour motos où il cache un stock du journal clandestin Le Populaire… Arrêté le 10 mai 1944, interné puis détenu au camp de transit de Compiègne-Royallieu (Oise), il meurt le 2 juillet 1944 dans le wagon qui le mène en déportation.
L’hommage et la mémoire
Une plaque commémorative est apposée à Lyon sur l’immeuble où Philibert Gaillard et Frédéric Dutrion furent arrêtés, à l’intersection de l’avenue de Saxe et de la rue Dunoir.
Une stèle est également érigée à Communay à la mémoire des dix-neuf fusillés, dont Philibert Gaillard.
Fleurieu-sur-Saône rend un hommage tout particulier à Philibert Gaillard en lui donnant le nom de l’ancienne avenue des tilleuls, et dès la fin 1945 lui érige un monument. Enfin, Couzon lui donne un nom de rue.

La plaque commémorative lyonnaise nous rappelle quotidiennement le sacrifice de ces personnes engagées dans ce qui fut un combat contre la barbarie et pour la défense de droits fondamentaux :
« Ces militants sont morts pour que vivent nos libertés. »
Sources
- Bulletin municipal Fleurieu-sur-Saône – 2013
Article initialement paru en septembre 2018 sur le site « Vivre Couzon ».
